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Retour d’expérience : Muhammad Yunus, un leadership inspirant

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Written by: Catherine Pourquier, Professeur de Conduite du Changement, Burgundy School of Business

Photo-souvenir avec Muhammad Yunus lors de son passage à Burgundy School of Business, le 6 mars 2019. BSB

Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006, est considéré comme le père du microcrédit, qui permet aux populations privées d’accès bancaire d’obtenir des prêts de faibles montants. Grand défenseur de la lutte contre la pauvreté, ce professeur d’économie appelle à un capitalisme fondé sur l’altruisme et la générosité.

Pour promouvoir cet autre modèle économique, le natif du Bangladesh va aujourd’hui à la rencontre des autres pour partager ses très nombreuses expériences d’entrepreuneuriat social. Le « banquier des pauvres » était ainsi en visite à Burgundy School of Business, le 6 mars dernier à l’initiative du Centre Yunus Paris pour échanger avec les étudiants en management qui sont les décideurs de demain.

L’occasion pour nous d’étudier son style de leadership. Par quels mécanismes a-t-il réussi à capter l’attention de l’auditoire et à obtenir un silence aussi attentif que bienveillant ?

Authenticité et simplicité

La première clé est l’authenticité. Pour Avolio et Gardner, lorsque l’on parle d’authenticité en matière de leadership, il s’agit de mettre en perspective et en cohérence les expériences de la personne (pensées, émotions, besoins, aspirations, préférences, croyances, procédés) et sa capacité à se connaître soi-même. En conséquence, à être en accord avec son vrai moi, à l’exprimer de manière vraie (pensées et émotions). La posture de M. Yunus semble répondre parfaitement à cette définition, ce qui lui permet de s’ouvrir naturellement vers les autres.

Il s’appuie en effet sur ses expériences personnelles en matière de lutte contre la pauvreté et d’entrepreneuriat responsable, étayées par des exemples précis. Tout son discours se construit sur un rapport direct au réel. En dépit de sa formation académique, il ne s’encombre pas de concepts et propose des moyens d’action concrets pour lutter contre la pauvreté. Il raconte ainsi avoir vendu pour un penny à des populations souffrant de carences en vitamines des petits sachets comprenant des graines pour planter des légumes, développant leur sens de l’autonomie en les rendant responsables de leur santé.

Surtout, il parvient à mobiliser et à transmettre des émotions positives, comme le partage et l’espoir, pour restituer au mieux ses expériences – sans éluder les critiques qui lui sont adressées. C’est cette résonance émotionnelle qui lui permet de dégager une présence forte sous des apparences simples.

Activation des neurones miroirs

Les neurones miroirs permettent de mieux comprendre ce leadership de résonnance. Ces neurones jouent un rôle très important dans la relation à l’autre, dans les mécanismes de sympathie, d’empathie et de compassion.

Ainsi, les neurones mobilisés par Muhammad Yunus lorsqu’il agit et ressent permettent de mobiliser par un effet miroir les mêmes neurones chez les personnes en interaction avec lui. Autrement dit, les personnes écoutant la conférence sont « embarquées », comme si elles étaient en train de faire la même action ou ressentir la même émotion que le prix Nobel.

Cette résonance émotionnelle est d’ailleurs mise en mots dans son discours puisqu’il renvoie parfois directement l’auditeur à lui-même. Il mobilise par exemple les jeunes en leur demander quel sens ils veulent donner à leur vie (« What is the purpose of your life ? ») ou encore à quoi ressemble le monde qu’ils veulent construire (« What new world can we create ? »). On retrouve d’ailleurs sur ce dernier point la posture du leader « transformationnel » de Bass, pour décrire les leaders dont la vision est orientée sur le changement.

Un leadership responsable

Les termes qui reviennent le plus souvent lors de la conférence de Muhammad Yunus sont « human beings », les êtres humains. Il souligne notamment l’importance pour tout être humain de pouvoir subvenir à ses besoins et d’être un entrepreneur de ses moyens de subsistance.

Il déploie ainsi un leadership responsable qui, selon Maak et Pless, est « un phénomène relationnel et éthique qui intervient dans des processus d’interaction avec ceux qui affectent ou sont affectés par le leadership ». Ce leadership responsable inclut un engagement sociétal de la part du leader à l’image du parcours du professeur bangladais.

L’action de Muhammad Yunus s’ancre en effet dans l’éthique, soutenu par la vision d’une société plus juste dans la répartition des richesses et respectueuse de la planète. Il a à ce sujet tenu à ce que des carafes en verre soient utilisées sur l’estrade au lieu de bouteille en plastiques, nourrissant ainsi son leadership d’exemplarité.

On a donc pu voir à l’œuvre ce 6 mars de nombreuses dimensions de son leadership : responsabilité, authenticité, vision, transformation, exemplarité et cohérence avec les idées défendues. Il reste à souhaiter que les étudiants et l’auditoire s’inspirent de cette démonstration !

The Conversation

Catherine Pourquier does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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