Science

Le poisson qui sait marcher

30Views

Written by: Emmanuelle Pouydebat, Directrice de Recherche au CNRS et au Muséum National d’Histoire Naturelle (MECADEV – mécanismes adaptatifs et évolution), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) – Sorbonne Universités

Poisson chauve-souris
_Ogcocephalus darwini_.
Julie Terrazzoni/Editions Arthaud, Author provided

Nous publions ici un extrait de l’ouvrage : « Atlas de zoologie poétique » qui vient de paraître aux éditions Arthaud. Les illustrations sont de Julie Terrazzoni.


Après le lézard qui court sur l’eau, voici le poisson qui marche sous l’eau ! J’ai nommé… le diable de mer. Mais d’où sort cette curiosité aquatique ? Cette espèce vit dans les eaux des Galápagos. Ses nageoires pectorales ressemblent, vues du dessus, aux ailes des chauves-souris. D’où son nom… Ce poisson possède une tête circulaire ou en forme de boîte. Ogcocephalus darwini est un animal remarquablement étrange, même au sein de sa famille, les ogcocephalidés. Entre son corps aplati triangulaire recouvert de bosses et d’épines, son « rouge à lèvres », ses « quatre pattes », son « grand nez » et sa « petite trompe rétractile », on finit par se demander s’il ne s’agit pas d’un canular.

Rouge aux lèvres

Connu pour ses lèvres rouges presque fluorescentes qui améliorent probablement la reconnaissance des espèces pendant les périodes de reproduction, ce poisson n’est pas un excellent nageur. Il est plus efficace en « marchant » sur les fonds marins. Comment fait-il ? Il déambule du bout de ses nageoires pectorales et pelviennes. Fortement développées sur le plan musculaire, elles lui donnent l’apparence de grandes jambes ! Elles possèdent même une sorte de coussinet charnu sur le bout des rayons. Nul besoin d’être sur la terre ferme pour marcher, ni d’avoir des pieds !

Atlas de Zoologie Poetique.
Editions Arthaud, Author provided

Outre cette capacité locomotrice inattendue, ce poisson chauve-souris se paye également le luxe, pour chasser, d’utiliser son illicium (du latin illicere, « amorcer »). Qu’est-ce donc ? Au-dessus de la tête du poisson chauve-souris se trouve une nageoire dorsale qui, à l’âge adulte, vient se projeter en forme d’épine sortant du sommet de la tête, lui donnant l’aspect d’un « nez proéminent », ou rostre. Ce poisson s’en sert comme moyen pour attirer des proies tels des petits poissons, des crustacés ou des mollusques. Mais il y a plus encore. Entre la base de ce rostre et la bouche, le plus souvent dans une cavité, se trouve un organe surprenant : un leurre rétractile ! Ou devrais-je dire une canne à pêche qui sécrète même parfois un liquide agissant comme un appât chimique.

Le poisson chauve-souris peut ainsi déployer et faire osciller son leurre pour appâter ses proies. Il semblerait même que son leurre lui serve à les détecter. Autant dire que le piège est redoutable. D’autant que ce poisson utilise d’autres stratégies pour chasser. Certains spécimens couvrent partiellement leurs corps de sable ou s’enterrent pour se camoufler. Magnifiques adaptations qui permettent à ce poisson de chasser à l’affût, posté sous le sable ou sur une roche, en attirant ses proies. Comme si ses lèvres éclatantes ne suffisaient pas à fasciner les alentours !

The Conversation

Emmanuelle Pouydebat est l'auteure de l'ouvrage cité.

Disclaimer

Leave a Reply